Al-Khidr : portons-nous un bout de Daesh en chacun de nous ?

Al-Khidr : meurtre d'un gamin ou sagesse divine ?

Le meurtre d’al-Khidr ou la sagesse divine

Récemment en lisant soûrate al-Kahf (la Caverne), j’ai découvert un verset qui m’a interpelé en particulier. Ce verset retrace l’histoire de Moïse qui fut envoyé à al-Khidr (personnage doté d’une connaissance supérieure), afin qu’il puisse bénéficier de son savoir. Ce dernier fait comprendre à Moïse qu’il ne pourra pas supporter. Après une négociation al-Khidr accepte de le guider à condition de ne poser aucune question. Le verset raconte que al-Khidr aurait pris un gamin sur le chemin et l’aurait tué :

 

Les versets :

Soûrate al-Kahf, âyat 74

Puis ils partirent tous deux; et quand ils eurent rencontré un enfant, [l’homme] le tua. Alors [Moïse] lui dit: «As-tu tué un être innocent, qui n’a tué personne? Tu as commis certes, une chose affreuse!»

فَانطَلَقَا حَتَّىٰ إِذَا لَقِيَا غُلَامًا فَقَتَلَهُ قَالَ أَقَتَلْتَ نَفْسًا زَكِيَّةً بِغَيْرِ نَفْسٍ لَّقَدْ جِئْتَ شَيْئًا نُّكْرًا

La raison de cet acte est encore plus choquante surprenante ! Elle vient après, quelques versets plus loin, comme suit :

Soûrate al-Kahf, âyates 80 et 81

Quant au garçon, ses père et mère étaient des croyants; nous avons craint qu’il ne leur imposât la rébellion et la mécréance.

وَأَمَّا ٱلْغُلَٰمُ فَكَانَ أَبَوَاهُ مُؤْمِنَيْنِ فَخَشِينَآ أَن يُرْهِقَهُمَا طُغْيَٰنًۭا وَكُفْرًۭا

Nous avons donc voulu que leur Seigneur leur accordât en échange un autre plus pur et plus affectueux.

فَأَرَدْنَآ أَن يُبْدِلَهُمَا رَبُّهُمَا خَيْرًۭا مِّنْهُ زَكَوٰةًۭ وَأَقْرَبَ رُحْمًۭا

 

 

Les exégèses

Cette histoire m’a laissé assez perplexe ! Afin de m’assurer que je n’ai loupé aucune subtilité qui pourrait altérer ma compréhension des textes, j’ai consulter quelques exégèses. J’ai regardé dans les exégèse de Ibn Kathir, ainsi que celles de Tabarî qui sont parmi les plus respectées en la matière.

Tafsir Ibn Kathir :

âyat 74

Ayant rencontré des jeunes hommes, après avoir quitté la barque, le personnage choisit le plus beau d’entre eux et le tua en lui cassant la tête avec une pierre, d’après certains exégètes, ou en la lui arrachant selon d’autres. Et Moïse de s’exclamer toujours et l’autre de lui rappeler sa promesse.

قول تعالى : ( فانطلقا ) أي : بعد ذلك ، ( حتى إذا لقيا غلاما فقتله ) وقد تقدم أنه كان يلعب مع الغلمان في قرية من القرى ، وأنه عمد إليه من بينهم ، وكان أحسنهم وأجملهم وأوضأهم فقتله ، فروي أنه احتز رأسه ، وقيل : رضخه بحجر . وفي رواية : اقتطفه بيده . والله أعلم .

فلما شاهد موسى ، عليه السلام ، هذا أنكره أشد من الأول ، وبادر فقال : ( أقتلت نفسا زكية ) أي صغيرة لم تعمل الحنث ، ولا حملت إثما بعد ، فقتلته ؟ ! ( بغير نفس ) أي : بغير مستند لقتله ( لقد جئت شيئا نكرا ) أي ظاهر النكارة .

âyat 80

Quant au jeune homme, sachant ses parents très pieux, j’ai craint qu’il ne les entraine dans des fâcheuses aventures et ne les rende impies.

الغلام الذي قتله الخضر طبع يوم طبع كافرا  . رواه ابن جرير من حديث ابن إسحاق ، عن سعيد ، عن ابن عباس ، به ؛ ولهذا قال : ( فكان أبواه مؤمنين فخشينا أن يرهقهما طغيانا وكفرا ) أي : يحملهما حبه على متابعته على الكفر .

âyat 81

J’ai voulu qu’Allah leur donne en échange un enfant plus soumis et plus respectueux de ses parents.

[…] وقوله [ تعالى ] ( فأردنا أن يبدلهما ربهما خيرا منه زكاة وأقرب رحما ) أي : ولدا أزكى من هذا ، وهما أرحم به منه […]

Tafsir Tabarî :

âyat 74

[…]  Al-Khidr a trouvé quelques jeunes entrain de jouer, il a pris parmi eux un charmant puis il l’a couché puis il l’a égorgé avec un couteau […]

[…] وجد خضر غلمانا يلعبون، فأخذ غلاما ظريفا فأضجعه ثم ذبحه بالسكين […]

âyat 80

[…] Concernant le jeune, ses parents étaient des croyants, et le jeune allait les épuiser par sa tyrannie et sa mécréance […]

 […] القول في تأويل قوله تعالى : وَأَمَّا الْغُلامُ فَكَانَ أَبَوَاهُ مُؤْمِنَيْنِ فَخَشِينَا أَنْ يُرْهِقَهُمَا طُغْيَانًا وَكُفْرًا […]

âyat 81 

[…] Pour que le jeune soit échangé par une servante […]

[…] قال: ابن جريج : وأخبرني عبد الله بن عثمان بن خُشَيم، أنه سمع سعيد بن جبير يقول: أبدلا مكان الغلام جارية […]

[…] Pour que le jeune soit échangé par un autre jeune musulman croyant […]

[…] وقال آخرون: أبدلهما ربهما بغلام مسلم […]

 

Analyse :

J’ai voulu prendre la température et voir le rapport de quelques uns de mes coreligionnaires à cette histoire. J’ai exposé les textes sur les réseaux sociaux, et j’ai demandé aux internautes ce qu’ils en pensaient. A quelques exceptions près, la croyance dominante est que l’acte de al-Khidr est considéré un mal nécessaire, pour éviter un mal supérieur à des gens biens. Il symbolise une justice et une sagesse divine qui nous dépassent. Nous petits humains sur terre, nous n’avons pas forcément accès à toute la sagesse de l’éternel avec nos capacités limités.

Mais si nous sommes capables d’intégrer l’idée que al-khidr n’aurait pas commis un meurtre, mais il aurait réalisé une justice divine; Qu’est ce qui nous empêche (du moins à certaines personnes) de faire de même concernant les actes de Daesh ?

Certes, une histoire vielle de milliers d’années ne peut nous émouvoir comme ce qui se déroule sous nos yeux. Néanmoins le fait que nous avons intégré intellectuellement, une idée par laquelle le meurtre d’un jeune pourrait relever d’une sagesse qui nous dépasse, n’est-il pas en soit le même processus psychologique qu’empruntent ceux qui cautionnent des atrocités commises par Daesh, Talibans, le régime saoudien ou iranien… ?

 

Interrogations :

En partant de textes comme ceux ci-dessous, les fous d’Allah ne voient-ils pas dans leurs atrocités  une espèce de justice divine ?! Peut-être qu’ils ne la comprennent pas, mais l’expliquent par l’application d’une sagesse divine qui nous dépasse nous humains.

Soûrate at-Tawbah, âyat 29

Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humiliés.

قَٰتِلُوا۟ ٱلَّذِينَ لَا يُؤْمِنُونَ بِٱللَّهِ وَلَا بِٱلْيَوْمِ ٱلْءَاخِرِ وَلَا يُحَرِّمُونَ مَا حَرَّمَ ٱللَّهُ وَرَسُولُهُۥ وَلَا يَدِينُونَ دِينَ ٱلْحَقِّ مِنَ ٱلَّذِينَ أُوتُوا۟ ٱلْكِتَٰبَ حَتَّىٰ يُعْطُوا۟ ٱلْجِزْيَةَ عَن يَدٍۢ وَهُمْ صَٰغِرُونَ

Soûrate al-Anfal, âyat 12

Et ton Seigneur révéla aux Anges: « Je suis avec vous: affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.

إِذْ يُوحِى رَبُّكَ إِلَى ٱلْمَلَٰٓئِكَةِ أَنِّى مَعَكُمْ فَثَبِّتُوا۟ ٱلَّذِينَ ءَامَنُوا۟ ۚ سَأُلْقِى فِى قُلُوبِ ٱلَّذِينَ كَفَرُوا۟ ٱلرُّعْبَ فَٱضْرِبُوا۟ فَوْقَ ٱلْأَعْنَاقِ وَٱضْرِبُوا۟ مِنْهُمْ كُلَّ بَنَانٍۢ

En admettant ce type d’histoire dans notre narratif,  n’avons-nous pas joué avec le feu dans la forêt, at qui a fini par nous ravager ? N’avons-nous pas posé inconsciemment, des mines idéologiques qui sont entrain de nous exploser à la figure ? N’avons-nous pas intégré un bout de Daesh en chacun de nous ?

 

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