Le déni s’arrête où la barbarie commence

Atroce barbarie lors des attentats du Bataclan

Le déni s’arrête où la barbarie commence

Comme beaucoup de gens, j’étais devant mon ordinateur, entrain d’écrire quelques lignes de code quand twitter s’est emballé. Les gens parlaient de fusillade, d’explosion, d’attentas… mais sans trop savoir ce qui se passait. Petit à petit l’horreur et la barbarie se confirmaient. Sans trop de suspens, un carnage de plus pour l’amour de dieu.  Je ne regarde pas la télé depuis des années, mais dans  pareilles circonstances, je fais exception. A chaque fois c’est le même sentiment: un mélange de stupéfaction, de douleur et de honte…une espèce de rouleaux compresseur qui avance sur le coeur…

Depuis quelques années, les choses s’accélèrent. Le terrorisme est devenu notre lot quotidien malheureusement. Je voyais bien que la barbarie augmentait de manière exponentielle, mais j’ai réussi à m’isoler dans une bulle pour ne pas voir toutes les horreurs de ces dernières années.

Le hasard des lectures, m’a fait découvrir un compte rendu de l’assemblée nationale concernant une enquête relative aux moyens mis en œuvre par l’État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015. Ce compte rendu reprend le déroulement du carnage et l’intervention des différentes unités concernées. J’ai découvert dans ce dernier (à partir de la page 9), un détail stupéfiant qui fait froid dans le dos, une barbarie dans la barbarie. Un des terroriste ne se contentait pas de tirer sur les personnes sans défenses, mais il s’est abandonné à des actes de torture abominables: yeux arrachées, corps éviscérés, coup de couteaux dans les parties génitales… tout cela filmé et envoyé à DAESH.

 

M. T. P. Des corps n’ont pas été présentés aux familles parce qu’il y a eu des gens décapités, des gens égorgés, des gens qui ont été éviscérés. Il y a des femmes qui ont pris des coups de couteau au niveau des appareils génitaux.

M. le président Georges Fenech. Tout cela aurait été filmé en vidéo pour DAECH !

M. T. P. Il me semble. Les victimes en ont parlé.

M. le rapporteur. Ces actes ont été commis par les deux survivants. Savez-vous si vous avez blessé celui sur lequel vous avez tiré dans le passage Saint-Pierre-Amelot ?

M. T. P. Je pense, mais je n’ai aucune certitude. Comme ils se sont fait sauter, on ne peut pas savoir s’il était blessé au tronc. Je pense l’avoir touché car les tirs ont cessé, et la porte s’est refermée. Le fait que la kalachnikov s’affaisse et que les portes se referment me semble significatif. Plus tard, nous avons parlé avec le civil qui nous faisait des signes dans le passage Saint-Pierre-Amelot : il nous a dit que nous avions touché le tireur et que c’est pour cela qu’il avait cessé de tirer. Après ce moment, les tirs que nous avons entendus à l’intérieur n’étaient que très sporadiques. Il n’y a plus eu de rafales. Selon toute vraisemblance, un des terroristes ou plusieurs achevaient les gens. Ensuite, j’avoue que je n’ai fait que quinze mètres à l’intérieur du Bataclan derrière la BRI. Ma présence n’était pas nécessaire, je suis donc ressorti. Ce que j’avais vu m’avait suffi.

M. Pierre Lellouche. Les exactions sur les gens se sont déroulées à quel endroit ?

M. T. P. À l’étage.

M. Pierre Lellouche. Cela se passe après que l’individu que vous avez blessé est remonté ?

M. T. P. Je pense même que ça s’est produit avant, mais ce n’est que mon avis personnel. Pendant que nous fixions un terroriste à la porte de secours, un autre faisait toutes ces choses ignobles à l’étage.

M. Pierre Lellouche. La vidéo est partie ?

M. le président Georges Fenech. Je crois savoir que des vidéos sont parties.

M. Pierre Lellouche. On peut le savoir si l’on a récupéré les portables des victimes. On les a ?

M. T. P. Ils se sont fait exploser. Il y a eu des personnes décapitées, égorgées, éviscérées. Il y a eu des mimiques d’actes sexuels sur des femmes et des coups de couteau au niveau des appareils génitaux. Si je ne me trompe pas, les yeux de certaines personnes ont été arrachés.

Qu’est-ce qui peut pousser une personne à commettre une telle barbarie ?! Comment sommes-nous arrivé à un tel degré de cruauté? Dans quelle optique ?! Beaucoup de questions qui se bousculent dan ma tâte. J’ai toujours réussi à rationaliser et voir le djihadisme comme conséquence de l’impérialisme. Mais en lisant ce rapport, j’ai pris conscience, que ce sont deux problèmes différents. Deux problèmes qui se croisent et se nourrissent l’un de l’autre. Deux problèmes qu’ils faut bien résoudre.

Comme beaucoup de musulmans, je vivais dans un déni inconscient. Probablement la charge émotionnelle que j’ai accumulé tout au long de ma vie y est pour quelque chose. Entre les persecutions des palestiniens, afghans, irakiens…  j’ai fini par m’y habituer. Au fond de moi j’espérais que les choses s’arrangent miraculeusement et que je n’entende plus parler de telles atrocités. Hélas, les miracles n’existent pas !

La honte et l’amertume, viennent s’ajouter à la douleur. Même si moralement et intellectuellement nous n’avons rien en commun,  les assaillants ont bien une tête qui ressemble à la mienne.  Que je le veuille ou non, je suis pris par les cheveux et embarqué dans un monde sombre et atroce… je ne peux me contenter d’espérer que ça s’arrête par miracle. Non, cette fois ci n’est pas la dernière, et non ce n’est pas un acte isolé d’un psychopathe.

J’essaie de me détacher émotionnellement pour comprendre. Je suis né dans l’islam, j’ai grandi dans l’islam, j’ai pratiqué l’islam… Qu’est-ce je n’ai pas compris ? Qu’est-ce que j’ai raté ? Celui qui ne sait pas d’où il vient, ne peut savoir où il va.

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